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Une journée dans une maison Magnificat, pour les femmes enceintes en difficulté

May 22, 2017

Lu ici:

 

EXCLUSIF MAG - L’association Magnificat offre un point de chute familial à des jeunes femmes enceintes isolées ou en difficulté, le temps de s’approprier leur future vie de maman. Reportage à Ligueil, au fil d’une journée.

 

Jean et Florence appuient sur la sonnette de la grosse maison tourangelle, achetée par l’association Magnificat il y a vingt-cinq ans. « On n’est pas chez nous, on sonne toujours quand on vient », précisent le président et la trésorière. Quel contraste avec la façade stricte et blanche de la demeure bourgeoise ! Derrière la porte, neuf mamans, trois bébés et six à naître rendent l’endroit bien vivant. Trois jeunes femmes, lovées dans le canapé, se montrent des photos sur leurs téléphones. Elles se taquinent et rient à gorge déployée. Dans la pièce principale, Jean embrasse tout le monde et Jervinho, 2 ans, saute dans les bras de Florence.

La maison historique de Ligueil ainsi que celle de Laval, ouverte il y a un an, accueillent depuis vingt-cinq ans des jeunes femmes qui frappent à leur porte. Un même esprit de famille et une conception de l’amour maternel similaire y soufflent. Il est distillé depuis quatre ans par une équipe éducative de choc et sa directrice, Marine Cavalier. Cette vierge consacrée, trentenaire dynamique, explique : « On n’offre pas juste le gîte et le couvert à Magnificat. C’est un lieu où la future maman doit apprendre à vivre avec d’autres femmes et bébés, en attendant d’être prête à vivre seule pour de bon. »

 

« Ici, c’est ma famille, et ça le restera toujours »

Sur neuf mamans accueillies actuellement, plusieurs acceptent de témoigner simplement. Comme Tricy, la maman de Jervinho, enceinte à 17 ans et demi, qui a découvert sa grossesse à 5 mois. D’allure soignée avec son bandeau bleu, elle marque une pause et secoue la tête en souriant, caressant les cheveux de son petit garçon. La jeune femme a déjà bien remonté la pente. Depuis son arrivée dans la maison, elle a même trouvé un CDI d’aide-soignante à la maison de retraite du coin : « Ici, c’est ma famille, et ça le restera toujours. » Elle ne se projette pas encore ailleurs, alors que Fabiola, elle, est sur le point de s’envoler. La jeune femme raconte son histoire, sa Flora sur les genoux : « Je suis arrivée ici à 8 mois de grossesse pour accoucher sous X. J’ai déposé mon bébé en pouponnière, puis je suis rentrée dans ma famille. Au bout de deux jours, j’ai changé d’avis, j’ai récupéré ma fille et je suis venue à Magnificat. Je me suis levée pendant six mois à 5 h 30 pour suivre une formation d’animatrice d’activité touristique et j’ai eu mon examen. J’ai fait une demande de logement à Tours, j’attends la réponse. »

La maison Magnificat peut ainsi accueillir également des femmes qui veulent confier leur enfant à l’adoption. Dans ce cas, elle les accompagne à faire ce choix le plus librement possible, comme elle continue à les épauler si elles changent d’avis.

« Les difficultés des mamans sont loin d’être seulement financières », précise Marine, la directrice. L’une est battue par son mari, une autre isolée, une troisième « de bonne famille » rejetée par les siens. D’après les statistiques de ces dernières années, elles viennent à Magnificat par trois biais : « un tiers par le bouche-à-oreille, un tiers grâce à Internet et un tiers par les associations », précise Florence, la trésorière. Mais, tous les chemins menant à Magnificat, deux mamans sont venues après avoir vu une affiche dans une église.

 

Sortir des difficultés et apprendre à devenir mère

Le parcours d’admission est balisé. Après un entretien téléphonique avec la directrice, la femme enceinte passe quelques jours sur place. Un moment idéal pour se rendre compte de la vie concrète dans la maison : « Il y a une vraie identité à Magnificat. Il faut vouloir sortir de ses difficultés, se préparer à devenir maman, accepter la vie en commun et l’esprit maison. » Si le doute s’instaure d’un côté ou de l’autre, Marine dispose d’une liste impressionnante d’autres endroits adaptés à chaque situation : La Tilma à Vannes, Amado à Carpentras, la maison Bethléem à Toulon, le Bercail à Chartres…

Pour rester à Ligueil ou à Laval, une seule contrainte : la présence de toutes au déjeuner et au dîner, sans portable. Le reste du temps, elles sont libres, à condition de prévenir. « Attention, on n’est pas un foyer tac tac tac », modère Annie, l’éducatrice, mimant une organisation militaire. Les professionnelles qui travaillent à Magnificat sont choisies avec soin. « Avoir beaucoup d’amour à donner est un critère insuffisant, résume Marine. Ici, on ne peut aider personne en étant dans l’affectivo-dégoulinant. » Annie complète : « On n’est pas la maman des futures mères. »

Le but est d’aider la fille de passage à devenir mère concrètement, matériellement, psychologiquement et spirituellement. Lui proposer des pistes pour acquérir de l’autonomie, se pencher sur son passé, se consacrer davantage à son enfant. « Nous essayons de réveiller le ressort intérieur des mamans, mais elles seules peuvent l’actionner, confirme la directrice. Nous ne sommes pas toutes-puissantes ». « On œuvre pour le futur », résume Annie.

Les filles sont ainsi responsabilisées en douceur, et chacune paye sa chambre 150 euros par mois. Tricy, avant de travailler à la maison de retraite, a dû trouver une nounou pour Jervinho et négocier son contrat elle-même. Grâce à l’attention portée à chacune, aux activités communes, les mamans peuvent petit à petit créer un socle stable pour élever leur enfant.

La cloche du déjeuner sonne. Le repas demeure un moment clé, car il offre à la fois un cadre convivial, un repère dans la journée et un temps pour se poser. Nathalie a fini d’allaiter son bébé et tresse un bracelet brésilien. Le petit Jervinho remet une tétine à un bébé.

 

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